Nus : la lumière sur la peau
La série Nus de Sabine Vandermouten. Cinq toiles peintes entre 2019 et 2021, à l'acrylique, où le corps sert surtout à faire circuler la lumière et à travailler la carnation.
Le nu occupe une place à part dans le catalogue de Sabine Vandermouten. Ce n’est pas une série fleuve comme les Voiliers ou les Visages, qui reviennent année après année. C’est un bloc court et dense, concentré sur trois ans, puis refermé.
Le plus vieil exercice de la peinture
Le nu traverse toute l’histoire de la peinture occidentale, de la statuaire antique aux Vénus de Titien, de la Maja de Goya à l’Olympia de Manet, des corps allongés de Modigliani aux intérieurs de Bonnard. C’est le sujet sur lequel des générations de peintres ont appris le volume, la lumière et la carnation, c’est-à-dire l’art de peindre la peau.
Cette permanence tient à une raison simple : aucun autre sujet n’oblige autant. Un corps mal construit se voit immédiatement. Une lumière qui ne tourne pas autour d’une épaule se voit aussi. Le nu ne pardonne pas l’approximation, et c’est précisément pour ça qu’il reste un exercice.
Une série courte et resserrée
La série compte cinq toiles, peintes entre 2019 et 2021 :
- Terre de Soleil (2019)
- Ma soumise (2019)
- Séductrice (2020)
- La Roue (2021)
- My New Sub (2021)
Quatre d’entre elles partagent le même format, 60 × 80 cm, la cinquième étant un petit carré de 30 × 30 cm. Cette régularité n’est pas anodine : travailler plusieurs fois le même format, c’est neutraliser une variable. Le cadre ne change pas, donc tout ce qui change vient de la peinture elle-même.
Trois de ces toiles ont trouvé preneur. Deux sont encore disponibles.
Ce que la peau permet de peindre
Dans cette série, le corps est moins un sujet qu’un support de lumière. La peau a une propriété que peu de matières possèdent : elle est translucide. La lumière n’y rebondit pas comme sur un mur, elle pénètre légèrement avant de ressortir. C’est ce qui donne aux carnations réussies leur impression de chaleur intérieure, et ce qui rend le nu si difficile à peindre platement.
D’où une palette particulière, où les ocres, les roses rompus et les terres chaudes se mêlent à des gris et à des verts très dilués dans les ombres. Un nu peint uniquement en tons chair paraît toujours artificiel. Ce sont les couleurs froides, glissées dans les creux, qui font tenir le volume.
Ce n’est pas pour autant un nu érotisé. La série cherche la présence plutôt que la pose : des corps qui s’habitent eux-mêmes, sans modèle posé ni canon académique. C’est la même recherche que dans les Visages, simplement déplacée du visage au corps entier. Au sens large, elle hérite de la peinture figurative française du XXᵉ siècle, Bonnard, Marquet, Hélion, avec une liberté d’autodidacte assumée.
Acrylique sur toile
Les cinq toiles sont peintes à l’acrylique, comme l’essentiel du travail de Sabine. C’est un choix qui a des conséquences directes sur le rendu des chairs.
L’acrylique sèche vite, beaucoup plus vite que l’huile. Elle interdit donc les fondus prolongés que les peintres classiques obtenaient en travaillant dans le frais pendant des jours. En contrepartie, elle permet de superposer des glacis rapidement, couche après couche, et de construire une carnation par empilement plutôt que par fusion. Le résultat est moins lisse, plus franc, et laisse voir le geste.
C’est le même arbitrage que dans le reste du catalogue, détaillé dans l’article sur les techniques : la matière n’est pas neutre, elle oriente ce qu’on peut faire.
Une série qui croise les autres
Les Nus ne forment pas un ensemble isolé. Ils communiquent :
- Avec les Visages, par la même façon de peindre sans modèle, en laissant la figure émerger de la peinture.
- Avec le Figuratif, dont ils partagent le vocabulaire et souvent les fonds.
- Avec les Abstraits, quand un corps se réduit à une masse colorée et un mouvement.
Comme ailleurs dans ce travail qui tient les deux langues, figuratif et abstrait, les frontières entre séries sont poreuses.
Où les voir
Les toiles de la série Nus sont, par nature, accrochées avec discernement selon les lieux et les saisons. Le plus simple pour les découvrir est de les regarder au catalogue, puis de demander lesquelles sont visibles au moment de votre visite.
Voir la série Nus au catalogue →
Pour voir des toiles en vrai, l’adresse permanente est la Galerie Sabine Vandermouten à Pézenas, 23 bis rue du Chevalier Saint-Jean. Les accrochages temporaires sont listés sur la page Expositions.
Pour aller plus loin
Voir les toiles en exposition
Les œuvres de Sabine voyagent au fil des saisons dans plusieurs galeries et lieux culturels de l'Hérault, notamment à la Boutique de Sabine, à Pézenas. Consultez la liste à jour des accrochages.