Encres : une série entière peinte en une année
La série Encres de Sabine Vandermouten : dix-neuf toiles datées de 2023, travaillées à l’encre sur toile et en abstrait. Une matière transparente qui ne se corrige pas.
La plupart des séries de ce catalogue s’étirent sur plusieurs années. Les Encres de Sabine Vandermouten font exception : les dix-neuf toiles qui les composent portent toutes la même date, 2023. Une série entière, ouverte et menée à son terme dans un seul cycle de travail. Dix-sept d’entre elles sont encore disponibles.
Une année, une série
Un ensemble concentré sur douze mois n’a pas la même allure qu’un ensemble étalé sur dix ans. Il n’y a pas d’évolution visible d’un bout à l’autre, pas de première manière ni de dernière manière. Ce sont des toiles qui se répondent entre elles, comme les pages d’un même carnet, avec les mêmes gestes repris et déplacés d’une pièce à la suivante.
C’est aussi une série presque intacte. Dix-sept toiles sur dix-neuf sont encore disponibles au catalogue, ce qui est rare ici : sur les séries anciennes, les pièces les plus fortes sont souvent parties depuis longtemps. Vous pouvez donc, pour une fois, voir l’ensemble à peu près tel qu’il a été peint.
Ce que l’encre interdit
L’encre et l’acrylique ne se comportent pas du tout de la même manière, et c’est tout le sujet de cette série.
L’acrylique couvre. Une couche mal venue se recouvre d’une autre, une zone se rattrape, une forme se déplace de quelques centimètres. C’est ce qui rend la technique si souple dans le reste du catalogue, comme le détaille l’article sur les techniques.
L’encre, elle, est transparente. Elle ne masque pas ce qu’il y a dessous, elle s’y ajoute. Poser une seconde encre sur une première ne l’efface pas, cela fabrique une troisième valeur, plus sombre. Il n’existe donc pas de correction, seulement de l’accumulation. Un trait trop long reste trop long, une coulure part où elle veut, et le blanc de la toile, une fois perdu, ne revient pas.
La conséquence est directe : il faut décider avant de poser, puis accepter. C’est une école de précision autant que d’acceptation.
Pourquoi l’abstrait
Dans ce catalogue, l’encre est travaillée exclusivement en abstrait. Pas de visage à l’encre, pas de voilier à l’encre, pas de marine à l’encre. Ce n’est pas un hasard de classement : une matière qui ne se corrige pas s’accorde mal avec un motif qui, lui, demande à être ajusté. Un visage se construit par reprises successives, une trace à l’encre non.
Ce qui reste quand le motif s’efface, c’est précisément ce que l’encre fait le mieux : la dilution, le fondu humide, le bord net posé juste à côté d’un bord flou, la réserve de blanc laissée intacte. Autrement dit, la matière elle-même, comme dans la série Abstrait mais par un tout autre chemin.
Le grand carré comme terrain
Les formats le confirment. La série est dominée par des carrés de 100 × 100 cm : Fluence, Minéral, et du côté acrylique Delta, Primaires, Nature sauvage. Le carré est un format sans direction, ni portrait ni paysage, qui n’oriente pas le regard et ne suggère aucun horizon. Pour de l’abstrait, c’est une surface idéale : rien dans le châssis ne raconte d’histoire à la place de la peinture.
À côté, des formats plus petits, plus rapides à lire : Nébuleuse (80 × 60 cm), Lagune et Atoll (60 × 80 cm), Chouette (60 × 80 cm), La magie des couleurs (73 × 54 cm), Profondeur (50 × 50 cm), Voyage (60 × 47 cm).
Quelques toiles de la série sont peintes à l’acrylique et non à l’encre. Elles y figurent parce qu’elles appartiennent au même moment de travail et au même vocabulaire, pas parce qu’elles partagent le médium. La fiche de chaque toile précise la technique exacte.
Un seul repère nommé, l’étang de Thau
La plupart des titres tirent vers l’eau ou vers le ciel : Fluence, Lagune, Atoll, Profondeur, Nébuleuse. Un seul nomme un lieu précis, Etang de Thau (60 × 60 cm).
L’ancrage est parlant. L’étang de Thau est la grande lagune de l’Hérault, entre Sète, Mèze et Marseillan, à une demi-heure de l’atelier de Caux. Une eau fermée, peu profonde, striée de tables conchylicoles, qui change de couleur avec le vent et l’heure. Rien n’oblige à lire la toile comme un paysage, mais le titre donne une direction. Le même territoire nourrit les Voiliers et les Marines, par des moyens radicalement différents.
Où les voir
Comme tous les travaux qui jouent sur la transparence, les encres se regardent mieux en lumière diffuse ou sur un mur éclairé de côté qu’en plein soleil. C’est une chose à garder en tête au moment de choisir où en accrocher une.
Voir la série Encres au catalogue →
Pour voir des toiles en vrai, l’adresse permanente est la Galerie Sabine Vandermouten à Pézenas, 23 bis rue du Chevalier Saint-Jean. Les accrochages temporaires sont listés sur la page Expositions.
Pour aller plus loin
Voir les toiles en exposition
Les œuvres de Sabine voyagent au fil des saisons dans plusieurs galeries et lieux culturels de l'Hérault, notamment à la Boutique de Sabine, à Pézenas. Consultez la liste à jour des accrochages.