Abstrait : soixante et une toiles, de l’époxy aux feuilles d’or

La série Abstrait de Sabine Vandermouten : soixante et une toiles, des carrés de 40 cm aux 162 × 97, et les seules matières inhabituelles du catalogue, résine époxy et feuilles d’argent.

Plan de travail dans l’atelier de Caux, tubes d’acrylique, pots et pinceaux posés près d’une toile en cours

Une série de soixante et une toiles ne se parcourt pas comme une série de cinq. L’Abstrait de Sabine Vandermouten est un massif : il commence tôt, il traverse les années sans s’interrompre, il compte encore des toiles datées de 2026, et vingt-sept de ses pièces sont disponibles aujourd’hui. C’est aussi la série où la peinture prend le plus de place, en nombre comme en centimètres.

Soixante et une toiles, et toujours ouverte

La première chose à savoir sur cette série est sa taille. Avec le Figuratif, l’Abstrait forme l’un des deux grands massifs du catalogue. La différence tient surtout à la durée : là où une série comme les Nus se referme après trois ans, celle-ci ne s’est jamais arrêtée.

Les toiles de 2026 le montrent bien : Evolution marine (162 × 97 cm), Entre deux chemins (100 × 100 cm), Au bord de l’inconnu (80 × 80 cm). L’année précédente donnait déjà Lumières du midi, Cartographie, Mire, Monochrome et Cycle et symbiose. Une série ouverte se lit autrement qu’une série close : ce que vous voyez au catalogue n’est pas l’état définitif de l’ensemble, c’est une coupe faite à une date donnée.

La matière devient le sujet

L’abstraction, ici, ne renonce pas à la lisibilité. C’est une figuration ralentie, où les empâtements, les jus de couleur et les passages de brosse deviennent eux-mêmes le motif. Rien n’interdit à une silhouette d’affleurer, à un visage de se deviner, à un voilier d’apparaître au fond d’une matière. Cette circulation entre les deux langues est racontée en détail dans l’article qui leur est consacré.

Pour situer ce travail, on peut garder en tête l’écho lointain de la peinture américaine d’après-guerre : Helen Frankenthaler pour les jus de couleur déposés à plat, Joan Mitchell pour le geste large et la couleur franche. Ce sont des repères de lecture, pas des filiations. L’intérêt d’une démarche autodidacte est justement qu’elle n’a pas de camp à défendre.

Du carré de 40 cm au grand format

L’amplitude des formats frappe ensuite. D’un côté, des carrés de 40 × 40 cm : Nid d’abeilles3, La ruche, Cycle et symbiose. De l’autre, des toiles qui comptent parmi les plus grandes du catalogue : Il Camino et Evolution marine en 162 × 97 cm, Les amoureux en 130 × 89 cm, et toute une famille de carrés de 100 × 100 cm dont Sirocco et Naissance Galactique.

Le changement d’échelle n’est pas qu’une affaire de mur. Un 40 × 40 se regarde à bout de bras et tient d’un coup dans le champ de vision : c’est un objet. Un 162 × 97 se regarde en reculant, puis en s’approchant, puis en reculant encore : c’est un espace. Il ne se peint pas non plus de la même façon, puisque le geste n’engage plus le poignet mais le bras entier. Si vous hésitez sur la taille, ce guide donne les ordres de grandeur.

Les matières qu’on ne croise pas ailleurs

Le catalogue est, dans son immense majorité, peint à l’acrylique. Les quatre seules toiles qui font intervenir autre chose appartiennent toutes à cette série, et à aucune autre.

Naissance Galactique (2024, 100 × 100 cm) associe l’acrylique et la résine époxy. L’époxy se coule, s’épaissit, puis durcit en une surface profonde et brillante qui se comporte comme une lentille : elle fige l’état de la couche peinte dessous et lui ajoute une profondeur optique que la peinture seule n’obtient pas.

Il Camino (2024, 162 × 97 cm) associe l’acrylique et des feuilles d’argent 999/1000, c’est-à-dire de l’argent pratiquement pur, battu en feuilles très fines. Le métal a une propriété que le pigment n’a pas : il ne renvoie pas une couleur, il renvoie la lumière de la pièce. La toile change donc selon l’heure et selon l’endroit d’où on la regarde. C’est un usage très ancien en peinture, celui des fonds d’or, transposé ici sur un grand format contemporain.

Deux autres toiles poussent encore plus loin. Naufrage associe l’acrylique, un procédé d’oxydation et des feuilles d’or, la corrosion et le métal précieux jouant l’un contre l’autre. Qingdao mêle acrylique, encre, pierres semi précieuses et or 24 carats, et devient presque un objet autant qu’une toile.

Ces quatre pièces disent quelque chose de la série : c’est là, et seulement là, que le support cesse d’être neutre. Le détail des techniques courantes est dans l’article qui leur est consacré.

Les titres comme porte d’entrée

Une toile abstraite n’a pas de sujet à nommer, et pourtant chaque pièce porte un titre. Ceux de cette série se rangent en quelques familles : la mesure et la carte (Cartographie, Mire), le vivant organisé (La ruche, Nid d’abeilles3, Cycle et symbiose), le climat et la lumière (Sirocco, Lumières du midi), le seuil enfin (Entre deux chemins, Au bord de l’inconnu).

Ces titres ne décrivent pas ce qui est peint. Ils proposent un angle par lequel commencer à regarder, quitte à l’abandonner ensuite. C’est sans doute la bonne façon de visiter la série : lire le titre, regarder longuement, puis l’oublier.

Où les voir

Les grands formats ne circulent pas comme les petits : une toile de 162 × 97 cm demande un mur, du recul et un accrochage adapté. Le plus simple est de repérer les pièces au catalogue, puis de demander lesquelles sont visibles au moment de votre visite.

Voir la série Abstrait au catalogue →

Pour voir des toiles en vrai, l’adresse permanente est la Galerie Sabine Vandermouten à Pézenas, 23 bis rue du Chevalier Saint-Jean. Les accrochages temporaires sont listés sur la page Expositions.

Pour aller plus loin

Séries citées dans l'article
Pour le voir en vrai

Voir les toiles en exposition

Les œuvres de Sabine voyagent au fil des saisons dans plusieurs galeries et lieux culturels de l'Hérault, notamment à la Boutique de Sabine, à Pézenas. Consultez la liste à jour des accrochages.

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