Devenir peintre autodidacte au tournant de la quarantaine
Sabine Vandermouten n'a pas suivi les Beaux-Arts. Petits boulots, fleuriste, soins aux personnes âgées, puis la peinture vers quarante ans. Récit d'une vocation tardive.
Il y a deux manières d’arriver à la peinture. La première, c’est l’école, Beaux-Arts, ateliers, professeurs, années de formation. La deuxième, c’est tout le reste : ceux qui dessinent depuis toujours sans en faire métier, ceux qui s’autorisent à un moment, ceux qui décident un jour que c’est cette langue-là qu’ils vont parler.
Sabine Vandermouten appartient à la deuxième catégorie. Peintre autodidacte, mention essentielle quand on parle d’elle. Et le mot autodidacte, ici, ne veut pas dire « débutante », il veut dire que la formation s’est faite par le faire, par les toiles, par les erreurs gardées et les erreurs corrigées, sans diplôme au mur ni titre académique au générique.
Avant la peinture, presque tout le reste
Avant de peindre à plein temps, Sabine a fait beaucoup d’autres choses. Des petits boulots, surtout. Fleuriste : un métier de couleur, de composition, de gestes répétés sur des matières fragiles, il y a là, déjà, une école. Soins aux personnes âgées : un métier de présence, de patience, de regards prolongés. Et tout ce qu’il a fallu faire d’autre, à chaque saison.
Cela donne, en filigrane, une artiste qui ne vient pas du milieu de l’art mais du monde du travail. Une artiste qui ne « représente » pas le visage humain comme un sujet académique, mais qui en connaît la fatigue, la dignité, la fragilité, parce qu’elle a tenu beaucoup de mains âgées.
La famille, en arrière-plan
Il y a aussi, dans ce parcours, des éléments biographiques plus difficiles. Une mère partie tôt. Un père opposé à l’idée d’une carrière artistique. Des placements en familles dans l’enfance. Ce n’est pas une biographie de villa familiale et de cours du soir aux Beaux-Arts : c’est une biographie de qui-on-est-quand-on-a-dû-tenir-debout-tôt.
Et c’est précisément à partir de là, pas de l’idée d’un don, mais de la nécessité d’une langue à soi, que la peinture est devenue, plus tard, une évidence.
« Je me réveille la nuit, j’ai un besoin ardent de mettre les mains dans la matière. » , Sabine Vandermouten
Le tournant de la quarantaine
C’est au tournant de la quarantaine que la décision se prend. Pas comme une révélation soudaine, comme une autorisation. L’autorisation de faire ce qu’on portait depuis longtemps sans y mettre le nom. L’autorisation de ne plus s’autocensurer.
Pour une autodidacte, c’est un seuil particulier. Il n’y a pas un cadre extérieur (école, atelier de maître, diplôme) qui valide la pratique. Il n’y a que la décision personnelle de tenir la toile chaque jour, de remplir des carnets, de rater, de garder ce qui tient et de jeter le reste. C’est ce que Sabine appelle, dans ses entretiens, « mettre les mains dans la matière », formule qui dit bien que la peinture, pour elle, est d’abord un geste physique avant d’être une intention.
Une peinture qui assume la liberté de son origine
Quand on regarde le catalogue, il est en ligne ici, on voit immédiatement la conséquence du parcours autodidacte. Pas d’orthodoxie de série. Sabine peint des voiliers, des visages, des nocturnes, des marines, des nus, des encres, des abstraits. Sept séries qui ne se ressemblent pas, et qui pourtant sont peintes par la même main, dans le même atelier de Caux.
Une formation classique vous fait choisir tôt votre langue (le portrait, le paysage, l’abstraction). Une autodidacte fait l’inverse : elle apprend en parlant toutes les langues, en jouant avec, en passant de l’une à l’autre sans s’excuser. C’est ce qu’on appelle, dans l’histoire de l’art, figuratif et abstrait à la fois, sujet d’un autre article du journal, à lire ici.
Distinction reçue
En 2023, le Salon National d’Arts Plastiques de Florensac a décerné à Sabine Vandermouten le prix d’excellence catégorie peinture. Florensac est l’un des salons régionaux historiques de l’Hérault, et cette distinction est, pour une artiste autodidacte exposant depuis quelques années, un signal de reconnaissance par les pairs. Pas une consécration, pas le but, mais une note dans le parcours.
Ce que ça change pour le collectionneur
Si vous suivez le travail de Sabine, il y a une chose à savoir : chaque toile est une pièce unique, signée au dos « Sabine.V ». Pas de tirages, pas de séries multiples, pas de reproductions limitées. C’est la conséquence directe d’une démarche artisanale, autodidacte, à l’écart des circuits industriels de l’édition d’art. Une peinture, un original. C’est aussi pour cela que les expositions tournent au fil des saisons : pour qu’on puisse les voir en vrai. La liste à jour des accrochages est sur la page Expositions.
Pour aller plus loin
Voir les toiles en exposition
Les œuvres de Sabine voyagent au fil des saisons dans plusieurs galeries et lieux culturels de l'Hérault, notamment à la Boutique de Sabine, à Pézenas. Consultez la liste à jour des accrochages.